
Aux États-Unis et en Europe, les «ghost jobs», ces fausses offres d'emploi, se multiplient sur les sites de recrutement, au grand dam des demandeurs d'emploi.
L'expression «ghost jobs» ça vous dit quelque chose? Rien à voir avec Pénélope Fillon, non, ici on parle d'«emplois fantômes» pour désigner une pratique courante chez les employeurs, consistant à publier des offres d'emploi...inexistantes. Dans certains cas, les postes ont déjà été pourvus et dans d'autres, ils n'ont jamais vraiment existé. Une tendance qu'on retrouve de part et d'autre de l'Atlantique.
Selon une étude menée aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne par l'entreprise de logiciels de recrutement Greenhouse, 22% des offres publiées en ligne l'an dernier ne correspondaient à aucun projet d'embauche réel. Une seconde étude britannique indique quant à elle le chiffre de 34%. Aux États-Unis, les données du Bureau of Labor Statistics montrent qu'en août, alors que 7,2 millions de postes étaient officiellement vacants, seules 5,1 millions de personnes ont été recrutées, comme l'indique la BBC. Mais alors, pourquoi les entreprises publient-elles de telles offres «zombies» ?
Eric Thompson, ancien cadre du secteur technologique, a contribué à médiatiser le problème des fausses offres d'emploi auprès des responsables politiques américains. Licencié d'une start-up après vingt ans de carrière, il a postulé pendant deux mois à des centaines d'annonces avant de comprendre que certaines n'existaient tout simplement pas.
Dès lors, il décide de créer un groupe de travail plaidant pour leur interdiction par le biais du Truth in Job Advertising & Accountability Act, qui prévoit notamment de vérifier les dates d'expiration obligatoires, les procédures de recrutement, ainsi que les sanctions contre les employeurs à l'origine de ces manquements. La pétition associée a déjà recueilli plus de 50.000 signatures.
Une pratique difficilement contrôlable.
Au Canada, et plus particulièrement dans l'Ontario, des mesures punitives ont déjà été prises. À partir du 1ᵉʳ janvier 2026, les entreprises devront préciser si une annonce pour un poste publiée en ligne est activement en cours de recrutement. La province s'attaque également au phénomène du ghosting, lorsque les employeurs ne répondent pas aux candidats après les avoir rencontrés. Les entreprises de plus de 25 salariés seront donc tenues de répondre sous 45 jours aux personnes reçues en entretien.
Deborah Hudson, avocate en droit du travail à Toronto, note que certaines entreprises cherchent déjà à se conformer à ces règles, mais doute de son efficacité: «Je ne pense pas que le gouvernement dispose des ressources nécessaires pour surveiller réellement le respect de la loi», explique-t-elle. Dans d'autres régions canadiennes, ainsi qu'aux États-Unis et au Royaume-Uni, aucune obligation légale n'impose de répondre aux candidats, et le Royaume-Uni n'envisage pour l'instant aucune mesure contre les ghost jobs.
Au Royaume-Uni, Ailish Davies, professionnelle du marketing à Leicester, décrit le ghosting comme «démoralisant». Après plus de dix ans d'expérience, elle raconte avoir été recontactée pour un entretien avant de ne plus jamais recevoir de réponse. La coach de carrière Jasmine Escalera, basée à Miami, dit avoir pris conscience de l'ampleur de ce phénomène grâce aux femmes qu'elle accompagnait, confrontées aux mêmes offres publiées à répétition. Pour ces «ghosteurs» professionnels, il s'agit de donner l'illusion d'une croissance, que l'entreprise jouit d'un succès économique. Des méthodes qui peuvent également servir à collecter des données personnelles.
Quelle qu'en soit la raison, ces pratiques faussent les données du marché du travail, avec des conséquences réelles et néfastes pour les salariés et les chercheurs d'emploi. Pour les éviter, Jasmine Escalera conseille de privilégier les contacts directs avec des recruteurs et de se méfier des annonces publiées à répétition ou laissées en ligne pendant un certain temps.