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L'insomnie fait vieillir votre cerveau selon une nouvelle étude scientifique


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On le sait, bien dormir est essentiel. Non seulement pour des questions de bien-être, mais aussi et surtout pour prendre soin de son cerveau. On vous explique.

Après une nuit blanche due à une insomnie, on se sent comateux. On oublie des choses, on est désorienté. La science dit depuis longtemps que le manque de sommeil nuit aux fonctions cognitives. Une nouvelle étude publiée dans la revue Neurology suggère que ses effets sur le cerveau s'aggravent avec le temps. Les chercheurs ont en effet constaté que fonctions cérébrales des personnes souffrant d'insomnie chronique (qui peinent à dormir au moins trois nuits par semaine pendant trois mois ou plus) déclinent plus rapidement que celles de personnes du même âge qui dorment suffisamment. Les résultats sont particulièrement alarmants en ce qui concerne les femmes, plus susceptibles de souffrir d'insomnie en raison d'une combinaison de facteurs hormonaux, biologiques et socioculturels.

Les scientifiques ont suivi plus de 2750 personnes âgées en bonne santé (sans problèmes cognitifs connus) pendant six ans en moyenne. Ils ont testé leur attention, leur mémoire et leur perception de l'espace à intervalles réguliers. Ils ont ensuite comparé les résultats entre les participants qui avaient des antécédents d'insomnie et ceux qui n'en avaient pas. Ils ont constaté que les résultats des insomniaques diminuent plus rapidement que ceux des bons dormeurs. Après avoir pris en compte d'autres facteurs susceptibles d'influencer le déclin cognitif (comme l'éducation, la consommation d'alcool et la dépression), les chercheurs ont constaté que les personnes souffrant d'insomnie sont à 40 % plus susceptibles de développer une déficience cognitive légère ou une démence que celles qui ne souffrent pas d'insomnie.

Pour mettre ce chiffre en perspective, “c'est à peu près le même niveau de risque supplémentaire que si on présente deux conditions cardiométaboliques, comme par exemple l'hypertension et le diabète”, explique l'auteur de l'étude, Diego Z. Carvalho, MD, neurologue et médecin spécialiste du sommeil à la Mayo Clinic et membre de l'American Academy of Neurology. (À noter que ces types de maladies sont connus pour avoir des effets sur la santé du cerveau au fil du temps). Pour le dire simplement, c'est comme si le cerveau avait 3,5 ans de plus que l'âge biologique de la personne, explique le Dr Carvalho.

Certains des participants à l'étude ont également subi des scanners cérébraux pour vérifier la présence d'indicateurs clés du vieillissement, à savoir les plaques amyloïdes (accumulation d'une protéine liée à la maladie d'Alzheimer) et les hyperintensités de la substance blanche (taches qui suggèrent la présence de vaisseaux sanguins endommagés). Ils ont aussi dû indiquer quel était l'état de leur sommeil au moment où l'étude a commencé. Un élément qui a permis de mettre au jour une découverte centrale : les personnes ayant déclaré avoir un sommeil difficile présentaient davantage ces deux anomalies cérébrales dans leurs scanners initiaux. Les personnes ayant déclaré mieux dormir présentaient quant à elles moins d'hyperintensités de la substance blanche dans leurs scanners initiaux. Dans l'ensemble, ces résultats d'imagerie constituent une preuve supplémentaire du lien entre sommeil et santé cérébrale.

Cela dit, il peut être difficile de déterminer le sens de ces résultats : la perte de sommeil est-elle à l'origine des modifications cérébrales et d'un déclin cognitif plus rapide, ou est-ce l'inverse ? Comme le souligne Diego Z. Carvalho, il est possible que certains participants aient présenté une légère dégénérescence cérébrale avant le début de l'étude (qui n'a pas été détectée lors des tests), ce qui pourrait perturber le rythme circadien et, en fin de compte, nuire au sommeil.

Toutefois, compte tenu de ce que l'on sait de l'importance du sommeil pour le cerveau, le plus probable est que l'insomnie chronique accélère le vieillissement cérébral. Le sommeil est en effet essentiel pour l'homéostasie cérébrale - la restauration des cellules nerveuses et l'ajustement des connexions entre elles - et peut également aider à éliminer les déchets qui s'accumulent dans le cerveau, explique le Dr Carvalho. De plus, pendant le sommeil, le rythme cardiaque et la pression artérielle diminuent, ce qui est bénéfique pour les petits vaisseaux du cerveau.

Tout cela “fait de l'insomnie un potentiel facteur de risque de dégénérescence”, explique le Dr Carvalho. Une donnée qui concerne tout particulièrement les femmes, plus susceptibles de souffrir de chacune de ces maladies en raison d'une combinaison de facteurs hormonaux et d'autres facteurs biologiques, ainsi que de facteurs socioculturels. Le Dr Carvalho rappelle que si vous avez des problèmes de sommeil, il est capital d'en faire part à votre médecin traitant afin de trouver des solutions adaptées.

Mais à l'heure des traqueurs de sommeil, le Dr Carvalho met en garde contre l'obsession du sommeil parfait. Chercher à dormir à tout prix peut être contreproductif : cela peut générer une anxiété supplémentaire qui risque de vous empêcher de trouver le sommeil. Ce qu'il faut retenir, c'est que si vous dormez bien la plupart du temps, vous prenez soin de votre cerveau. Si au contraire vous faites de l'insomnie chronique, il est essentiel de trouver des remèdes pour vous assurer de ne pas souffrir de dommages cérébraux précoces.