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En flic trans dans “Twin Peaks” ou en père de famille dans “Malice”, actuellement sur Prime Video, l'acteur new-yorkais fan de Beckett promène le même éclat et la même profondeur.
Ce n'est pas un acteur. C'est un écrivain et un chanteur (sept romans et trois albums à son actif), ou encore le créateur d'un podcast sur l'art de se planter en beauté, Fail better, dans lequel on peut l'entendre échanger notamment avec ses ex-partenaires de jeu, Gillian Anderson ou Kyle MacLachlan. Car, non, vos souvenirs ne vous trompent pas, David Duchovny, diplômé en littérature de Princeton et Yale, a bien fait quelques incursions remarquées sur nos écrans. Aujourd'hui encore, à 65 ans, dans le thriller Malice, où il affiche le sourire matois des puissants et distille cette dose d'ironie qui le rend insaisissable. Sa vérité est ailleurs.
“Twin Peaks” et “Twin Peaks : The Return” (1990-1991, 2017).
Longs cheveux châtains et sourire en coin souligné de rouge à lèvres, Denise fait son entrée dans le bureau du shérif de Twin Peaks. Elle y retrouve son vieil ami Cooper (Kyle MacLachlan), qui l'a connue sous l'identité de Dennis. Cette agente des stups, qui a fait sa transition de genre après une opération sous couverture, est interprétée par un David Duchovny encore inconnu mais déjà explosif de malice - « J'ai appris à ne pas me fier aux apparences », glisse-t-il d'entrée de jeu. Nulle raillerie ici, mais une estime mâtinée de tendresse entre les deux collègues. Un état d'esprit qui se confirme dans Twin Peaks : The Return, alors que Lynch lui-même, dans le rôle du directeur adjoint du FBI, rappelle, lors d'un échange avec Denise-Duchovny, avoir enjoint ceux qui, parmi ses troupes, seraient perturbés par cette nouvelle identité à « régler leurs cœurs à la bonne heure ou à mourir ».
“X-Files” (1993-2002, 2016-2018).
Comment oublier Fox Mulder, héros bachelardien qui croit avec ferveur qu'on peut aussi atteindre la vérité par le rêve et qui préfère la complexité des hypothèses multiples à toute forme de simplification ? Dans ce rôle imaginé par Chris Carter, David Duchovny marche sur une ligne de crête, un peu ironique, beaucoup idéaliste, parano pour la bonne cause, pourfendeur avant l'heure de la manipulation de masse à l'américaine et déterminé à ne pas se contenter d'un ciel vide. Il invente aussi, en duo avec Gillian Anderson et au fil du temps (en 2016, ils se sont retrouvés pour une dixième saison), un personnage d'indéfectible amoureux, les mots au bord des lèvres.
“Californication” (2007-2014).
Exit la délicatesse paranormale de Mulder. Et toute forme de surmoi avec. Hank Moody est une grenade dégoupillée, un Casanova dévoré par l'insatisfaction qui noie sa détresse dans le sexe. Un parangon de mâle des années 2000, qui se vante d'être un bon coup et chouine d'être un mal aimé - « On dit toujours que c'est moi le connard ». Cette célébration ad libitum du masculin dominant a eu tôt fait de nous lasser. Reste la causticité retorse d'un héros auquel Duchovny prête volontiers son regard désabusé sur l'existence et lui-même : « Ce qui ne nous tue pas nous rend encore plus chiants. »
“What Happens Later” (2023).
Un aéroport. Le temps qui s'arrête à cause d'une tempête de neige. Deux anciens amants qui se retrouvent... Meg Ryan a réalisé elle-même ce film adapté d'une pièce de théâtre et a choisi David Duchovny comme partenaire. Avec des airs de Droopy pressurisé par la nouvelle génération, l'acteur de 63 ans offre sans complexes une bonhomie lessivée par l'existence et un romantisme chargé de regrets. On sait qu'il adore Beckett - le titre du podcast qu'il anime est inspiré d'une citation du dramaturge : « Fail again. Fail better ». On n'ira pas jusqu'à écrire que cette tentative un peu expérimentale (unité de lieu et de temps) pour raconter les années qui passent évoque Oh les beaux jours, mais on note que Duchovny sait aussi jouer, sans esbroufe, le boy next door qui a vieilli.
“Malice” (2025).
Imaginez que l'intrigue du Talentueux Mr Ripley ait dérivé de la côte amalfitaine jusqu'aux Cyclades pour fusionner avec The White Lotus... Soit une famille de riches Londoniens qui passe des vacances de rêve, sur l'île de Paros, dans leur somptueuse villa, jusqu'à l'intrusion d'un machiavélique baby-sitter. Dans le rôle du patriarche, chef d'entreprise à succès qui tire son pouvoir de son portefeuille, Duchovny nous en donne pour notre argent. Biceps très exposés dans son maillot de corps, d'une brutalité sans affects dans les affaires, il déploie toute la palette de l'assurance la plus vulgaire avant de donner à voir, l'espace d'une expression changeante, l'humour ou la vulnérabilité. Le plus passionnant se joue là : sur son visage aussi mobile que la mer Égée est impassible.



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