
Un nouveau rapport montre qu'en 2024, une concentration inédite de la pollution carbone a placé une poignée d'acteurs industriels en position de décider, de fait, de la trajectoire climatique mondiale.
On nous répète souvent que chaque petit geste compte. Mais pendant que vous triez vos opercules de yaourt, une poignée de dirigeants de compagnies pétrolières et cimenteries décide, concrètement, de la température qu'il fera sur Terre en 2050. Selon le dernier rapport de Carbon Majors, la concentration de la pollution mondiale atteint un stade vertigineux: en 2024, seules 32 entreprises étaient responsables de la moitié des émissions mondiales de CO₂ liées aux combustibles fossiles et au ciment.
Le plus inquiétant n'est pas seulement le chiffre, mais la tendance. En 2023, elles étaient 36 à se partager cette sinistre moitié du gâteau, comme le rapporte Gizmodo. En un an, la responsabilité s'est concentrée sur quatre acteurs de moins, signe que les géants du secteur ne se contentent pas de maintenir leur production: ils absorbent les parts de marché tout en augmentant leurs rejets.
Au total, 166 entreprises passées à la loupe ont rejeté 34,7 gigatonnes de gaz à effet de serre en 2024. C'est une hausse de 0,8% par rapport à l'année précédente. La transition énergétique? On la cherche encore dans les colonnes comptables de ces mastodontes.
L'État, premier pollueur mondial.
Contrairement à une idée reçue qui voudrait que le chaos climatique soit le seul fait de multinationales cotées en bourse comme Exxon ou Shell, le rapport souligne que ce sont bien les entreprises d'État qui dominent le classement. La totalité des dix plus gros émetteurs mondiaux sont des entreprises publiques ou à majorité étatique.
En tête, on retrouve notamment Aramco, la compagnie nationale saoudienne, responsable à elle seule de 4,3% des émissions mondiales. Suivent des entités contrôlées par la Chine (qui place cinq entreprises dans le top 10), la Russie, l'Inde et l'Iran. Si les entreprises privées ont globalement entamé une légère décrue de leurs émissions (54 d'entre elles sont en baisse), les géants étatiques, eux, ouvrent les vannes: 38 d'entre eux ont vu leur empreinte carbone bondir en 2024.
Pourquoi ces chiffres sont-ils cruciaux? Parce qu'ils transforment une responsabilité diffuse en une responsabilité juridique. Aux États-Unis, une douzaine d'États utilisent désormais ces données pour forcer les pétroliers à financer des fonds de réparation pour les dégâts climatiques (inondations, canicules). Une étude publiée dans Nature en septembre 2025 a prouvé que les émissions de ces grands pollueurs sont directement responsables de la moitié de l'augmentation de l'intensité des vagues de chaleur depuis l'ère préindustrielle.
Savoir que 32 conseils d'administration tiennent notre destin entre leurs mains est terrifiant, certes. Mais c'est aussi une simplification bienvenue du problème. Il est plus facile de cibler 32 entités bien définies que de changer, d'un coup de baguette magique, le comportement de 8 milliards d'individus.