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L'origine des graves crises de vomissements chez la femme enceinte enfin trouvée


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Une vaste étude relie l'hyperémèse gravidique à plusieurs gènes clés, ouvrant enfin la voie à de vrais traitements contre cette pathologie dévastatrice.

L'hyperémèse gravidique n'a rien à voir avec des petites nausées matinales -désagréables, certes- mais qui finissent par se dissiper. Cette maladie est un véritable enfer au quotidien où s'alimenter et boire un verre d'eau devient une épreuve insurmontable. De nombreuses femmes enceintes atteintes de ce mal sont d'ailleurs hospitalisées.

Longtemps restée dans l'angle mort de la recherche médicale, cette pathologie touche pourtant jusqu'à 10% des futures mères. Mais aujourd'hui, le vent tourne enfin. Une étude massive publiée le 14 avril dans la revue Nature Genetics et relayée par le magazine en ligne Live Science apporte une réponse claire: la génétique est au cœur du problème et plus précisément un gène nommé GDF15.

Ce gène contrôle une hormone qui agit directement sur le centre du vomissement dans notre cerveau. D'après les chercheurs, certaines femmes possèdent des variations génétiques qui les rendent soit plus sensibles à cette hormone, soit porteuses de taux anormalement élevés. Pour le Dr Andrew Housholder, cité dans l'étude, cette découverte est fondamentale. «Cela devrait enfin mettre fin aux discussions présentant l'hyperémèse gravidique comme une simple sensibilité à l'hormone chorionique gonadotrope humaine (hCG) ou aux œstrogènes», explique-t-il.

L'aspect le plus fascinant de cette recherche réside dans la connexion établie avec d'autres maladies chroniques. En analysant les données de plus de 400.000 femmes, l'équipe menée par Marlena Fejzo, de l'université de Californie du Sud, a découvert que l'hyperémèse gravidique partage par exemple des racines communes avec le diabète de type 2. L'étude, qui s'appuie sur des données mondiales incluant des populations européennes, asiatiques et africaines, montre qu'un gène nommé TCF7L2 serait également impliqué.

Un traitement préventif à l'essai.

Ce gène régule une hormone impliquée dans l'insuline et l'appétit, la même qui est ciblée par les nouveaux traitements dits GLP-1, populaires contre l'obésité. Cette découverte suggère que l'hyperémèse gravidique n'est pas qu'une affaire de gynécologie, mais un désordre métabolique complexe. Savoir que ces mécanismes sont liés à la gestion du sucre et de l'insuline permet aux scientifiques d'explorer des pistes de médicaments déjà existants pour soulager les patientes.

Actuellement, il n'existe aucun traitement spécifiquement approuvé par les autorités de santé pour l'hyperémèse gravidique. Les médecins bricolent souvent avec des antinauséeux classiques, souvent peu efficaces. Mais grâce à l'identification de GDF15, cela pourrait rapidement changer. Des essais cliniques sont déjà en préparation pour tester une approche préventive: utiliser la metformine, un médicament bien connu contre le diabète, avant même que la grossesse ne commence.

Des gènes liés à la mémoire.

L'idée est de désensibiliser le corps de la femme à l'hormone GDF15 avant la conception. Si l'organisme s'habitue à des taux plus élevés en amont, il pourrait réagir moins violemment lors du pic hormonal du premier trimestre. Marlena Fejzo, qui a elle-même souffert de cette pathologie et en a fait le combat de sa vie, confie: «Cela va être utile pour explorer de nouvelles pistes de thérapies et de meilleures façons de prédire, diagnostiquer et potentiellement prévenir l'hyperémèse gravidique à l'avenir.»

L'étude met également en lumière des gènes liés à la mémoire et à l'apprentissage. Cela pourrait expliquer pourquoi les femmes atteintes d'hyperémèse gravidique développent des aversions alimentaires si puissantes et durables. Le cerveau enregistre la nourriture ciblée comme un poison afin de protéger le corps, créant un traumatisme psychologique réel. Valider la cause génétique de la maladie, c'est aussi soulager la culpabilité des mères qui ne profitent pas de leur grossesse comme elles le devraient selon les standards sociaux.

En identifiant dix gènes au total, les scientifiques prouvent que l'hyperémèse gravidique est une maladie multisystémique complexe, poussant le corps médical à prendre au sérieux cette pathologie. Un pas de géant pour la médecine reproductive, mais aussi pour la reconnaissance de la douleur féminine.

L'objectif final est simple: faire en sorte que l'hyperémèse gravidique devienne une maladie que l'on sait gérer et accompagner, et non plus une fatalité. Les chercheurs espèrent que ces marqueurs génétiques permettront bientôt de dépister les femmes à risque avant qu'elles ne tombent enceintes pour établir un protocole de soin personnalisé dès les premières semaines de grossesse, évitant les hospitalisations en urgence ou la déshydratation sévère.