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« Droit à l'oubli » : Nastassja Kinski remporte son combat pour effacer une scène de nu


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Natassja Kinski




Natassja Kinski a initié un combat judiciaire de dix ans qui touche aujourd'hui à sa fin. Après avoir figuré au générique de plusieurs réalisations de Wim Wenders, elle est parvenue à faire retirer temporairement un de ses films dans lequel figure une scène problématique où elle apparaît nue, à seulement 13 ans.


Existe-il un droit à l'oubli pour les enfants du cinéma ? Une actrice souhaitait en tout cas reconquérir son image, en reprendre possession, après en avoir perdu son contrôle dès ses 13 ans. Inoubliable  « Tess » dans le film de Roman Polanski, l'actrice allemande Nastassja Kinski s'est embarquée dans un combat judiciaire de 10 ans, qui touche aujourd'hui à sa fin. Aujourd'hui âgée de 65 ans, elle exigeait le retrait d'une scène de nue, tourné en 1975, lorsqu'elle n'avait que 13 ans, dans le film « Faux Mouvement » du réalisateur allemand Wim Wenders.
Après le combat judiciaire, le film de Wim Wenders provisoirement retiré

C'est désormais officiel : après de longues années de silence, le cinéaste a annoncé, mercredi 3 juin, le retrait provisoire de son film. Celui-ci ne sera de nouveau accessible uniquement quand un accord sera trouvé entre les différentes parties concernées. « Une solution acceptée par toutes les parties, incluant Nastassja Kinski », précise la Fondation Wim Wenders, détentrice des droits d'exploitation de l'œuvre.

Effacer ces images était une façon pour l'actrice de se réapproprier son image et son corps. Elle, qui racontait pour la première fois en 2013 avoir été victime de tentative d'abus de la part de son père, le célèbre acteur Klaus Kinski, également accusé de viol par son autre fille. Mais de quoi parle le film de Wim Wenders ? Passé relativement inaperçu à l'époque, il raconte le parcours d'un jeune homme qui, au cours de ses voyages, croise plusieurs compagnons de route étranges. Il s'agit de la première expérience à l'écran de l'actrice, qui a tourné d'autres films avec le réalisateur dont « Paris Texas », Palme d'or à Cannes en 1984.
Une scène malaisante que le réalisateur ne tournerait plus aujourd'hui

La scène montre l'adolescente dans le rôle de Mignon, une jeune fille muette. À l'image, elle est allongée, les seins nus, avec une culotte rose d'enfant. Puis, un homme d'âge mûr - le personnage principal - s'allonge sur elle, la gifle, puis lui caresse le visage. Lui aussi, est en sous-vêtements. Après #MeToo, la scène ne passe plus. Mais à l'époque, personne ne s'en est ému. « Je ne referais jamais ça aujourd'hui », a concédé Wim Wenders, lors du gala annuel de l'Académie allemande du cinéma, qui lui a décerné cette année un prix d'honneur, le vendredi 29 mai, à Berlin. « J'en sais plus aujourd'hui, beaucoup plus. Les sensibilités ont changé ; nous vivons dans un monde complètement différent d'il y a cinquante ans », s'est justifié le cinéaste de 80 ans.

    « Même si, à 13 ans, je ne savais pas encore grand-chose, j'avais déjà remarqué que ce n'était pas normal »

Pourquoi ouvrir le débat plus de 50 ans après le tournage ? Nastassja Kinski assure ne pas avoir été prévenue, ni préparée à se déshabiller devant tout une équipe. En plus de couper les images au montage, elle exige une indemnisation. Elle a confié que la scène l'avait toujours mise mal à l'aise, mais que le mouvement #MeToo lui a donné la force d'entamer les démarches. « Même si, à 13 ans, je ne savais pas encore grand-chose, j'avais déjà remarqué que ce n'était pas normal », affirmait-elle dans un entretien au quotidien « Süddeutsche Zeitung ». En parlant du réalisateur, elle disait avec émotion en 2024 sur la chaîne allemande RTL : « C'était mon premier film, mon premier réalisateur, il ne m'a pas protégée. » Après l'officialisation du retrait du film,  Wim Wender a partagé un communiqué sous forme de mea culpa, dans lequel il reconnaît justement « que Natassja Kinski aurait dû être mieux protégée ».

Malgré le conflit qui les a opposés, Nastassja Kinski respecte Wim Wenders, disent ses avocats dans la presse. Après cette première expérience cinématographique, elle a tenu les rôles principaux de « Paris, Texas » et de « Faraway, So Close », la suite des « Ailes du désir ». Autant de collaborations qui suggèrent une relation de travail fructueuse entre les deux artistes. Elle était en quelque sorte une muse pour lui.  Elle a, entre autres, joué chez Roman Polanski, Francis Ford Coppola, Jean-Jacques Beineix, les frères Taviani... De son côté, Wim Wenders dit aussi l'admirer et la respecter. Depuis le début du conflit judiciaire, les échanges entre eux se sont toujours fait par courriers d'avocats interposés.
Effacer la scène du montage : un acte de censure ou de réappropriation de son corps ?

Même si Wim Wenders a reconnu qu'il ne tournerait plus la scène de la même manière, il estimait jusqu'ici qu'en supprimer le passage au montage pouvait créer un précédent dangereux pour le septième art. À contrario, Natassja Kinski soulève une question qui dépasse son cas personnel et concerne l'ensemble du monde du cinéma, voire la société tout entière. « Une question se pose qui vous concerne tous : comment gérez-vous le patrimoine cinématographique ? Est-il permis, voire souhaitable, de couper une scène si elle blesse une actrice - que j'ai beaucoup admirée et que j'admire encore ? Peut-on raccourcir un film après coup ? » Et si cela revenait à censurer une œuvre ou, tout au moins, à réécrire l'histoire ? Voici ce que suggérait alors le réalisateur, devant l'Académie du cinéma allemand. « Je ne veux pas porter ce fardeau seul, je souhaite en discuter et ne pas être seul face à cette problématique », a-t-il ajouté.

Mais, on ne parle pas de n'importe quelle scène. On parle d'une adolescente nue, dont on comprend que son personnage a eu un rapport sexuel avec un adulte. Au cours de sa carrière, la beauté de Nastassja Kinski a incarné quelque chose de l'ordre de la Lolita au cinéma. Naturellement, dans ses innombrables apparitions sur grand écran, elle n'a pas subi cette violence de voir son image volée qu'une fois. Lors du tournage de la série « Tatort », pilier de la télé allemande, elle apparaissait également nue à seulement 15 ans. En 2025, la chaîne NDR avait accepté de le retirer de sa vidéothèque.

Tout au long de son combat, Nastassja Kinski a maintenu sa position. « Si j'étais lui, je dirais publiquement : “Je connais Nastassja depuis son enfance, nous avons fait de belles choses ensemble. Cela fait maintenant presque la moitié d'une vie, mais à l'époque, je ne me rendais pas compte que c'était mal, et je tiens à m'excuser, plaide l'actrice. Je vais désormais tout faire pour que cette scène ne soit plus diffusée”. C'est son film, il en a le pouvoir. » Face à la pression médiatique, le cinéaste s'est incliné. Reste que sa sincérité peut être questionnée, quand on sait le temps qu'il aura fallu pour que le droit à l'oubli soit entendu.