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Présidentielle 2027 : A quoi ça sert de se présenter quand on n'a aucune chance ?


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Natacha Polony a annoncé mercredi sa candidature à la présidentielle. Elle rejoint ainsi les candidats inattendus, qui ont peu de chance de remporter le scrutin mais veulent en profiter pour faire parler de leurs idées.

« La situation m'oblige. » Mercredi matin, sur France Inter, Natacha Polony a convoqué la formule que l'on prête d'ordinaire aux hommes providentiels. L'essayiste, qui dit ne plus pouvoir regarder son pays s'effondrer, devient la 28e candidate déclarée à la présidentielle de 2027, sous le slogan « Nous sommes la France ». La voilà qui rejoint la longue liste des candidats « inattendus », éditorialistes, intellectuels ou personnalités venues d'ailleurs. Qu'est-ce qui les pousse à se lancer ?

Premier moteur : la lassitude de l'observateur. Gaspard Koenig, candidat déclaré en 2022, y voit sa propre histoire. Son think tank, Génération Libre, défendait des idées qu'il ne trouvait pas dans les partis. « Déçus qu'elles ne soient pas reprises, que les politiques ne nous écoutent pas, on a fait ça pour agir », se remémore-t-il. Il devine que Natacha Polony est motivée par les mêmes raisons.

Faire exister ses idées.

Pour les éditorialistes spécifiquement, le fait de passer du temps à côtoyer des politiques et défendre ses idées peut donner de l'inspiration, selon Alexandre Eyriès, enseignant-chercheur en communication. Natacha Polony, estime-t-il, « doit savoir qu'elle est loin de gagner, mais c'est une façon de faire entendre ses idées ».

Le système encourage par ailleurs à profiter de cette tribune. « En France, pour créer un mouvement politique, la présidentielle est le seul moment. Hélas », regrette Gaspard Koenig, qui y voit un scrutin entretenant « un rapport très infantile avec la politique », où l'on attend tout de l'exécutif. Alexandre Eyriès rappelle qu'on décrit souvent l'élection comme « la rencontre entre un peuple et un homme (ou une femme) », avec un côté « messianique ». Et la candidature d'Emmanuel Macron, arrivé sans véritable parti, « a décomplexé pas mal de monde ». Jean Petaux, politologue, rappelle que la présidentielle reste l'élection préférée des Français et qu'il y a « toujours eu des candidatures d'outsider ».

Ego et réseaux sociaux.

Les réseaux sociaux ont fait le reste. « Ça donne l'impression que du jour au lendemain, on peut toucher tout le monde », note Alexandre Eyriès. Pour le politologue Jean Petaux, c'est une forme de désacralisation de la fonction présidentielle : il n'est plus nécessaire d'avoir un long parcours du combattant pour être candidat. Il y voit aussi « le triomphe d'une société individualiste et son corollaire, le narcissisme des réseaux sociaux », où la campagne devient une tribune pour donner un écho à ses idées.

Faut-il y lire un concours d'ego ? Gaspard Koenig ne l'esquive pas : « Le système présidentiel est fondé sur l'ego. Il faut fendre l'armure, être martial, héroïque. » Alexandre Eyriès relève, lui, la force des mots : dire que « la situation m'oblige » ou qu'on est appelé donne « un côté vocationnel ou symbolique » qui justifie la candidature. Mais il y voit aussi « un côté grandeur d'âme », des candidatures sans arrière-pensée de carrière politique professionnelle.

Une campagne, ça ne s'improvise pas.

Le chemin est de toute façon semé d'obstacles. Pour réussir à obtenir 107 parrainages en deux mois, l'équipe de Gaspard Koenig avait passé 10.000 coups de fil. Sur 32.000 maires, explique-t-il, 10.000 donnent automatiquement leur signature à des candidats de partis. « C'est difficile mais c'est normal, ça évite que le premier gars qui buzz arrive à se présenter », décrit-il.

Et l'aventure se paie : « C'est quand même une entreprise très lourde, quelque chose qu'on fait plutôt à son détriment », avertit Gaspard Koenig. Aujourd'hui, il est « persuadé que le changement se fait par le travail des imaginaires et des opinions » et pense avoir « plus d'impact qu'en grattant une voix quelque part ». Il garde quand même un souvenir positif d'une expérience « riche, agréable, humainement parlant. » Reste à savoir si Natacha Polony en dira autant au soir du premier tour, le 18 avril.