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La mobilisation lycéenne contre le manque de moyens, les difficultés de remplacement des enseignants et la dégradation des conditions d'apprentissage s'est poursuivie mercredi 30 septembre. Dans la soirée, les syndicats lycéens et étudiants ont annoncé vouloir poursuivre les manifestations dans un « acte deux ». Plusieurs blocus d'établissements ont donné lieu à des débordements. Les autorités ont rapporté plus de 200 blessés.
Les manifestations et blocages aux abords de lycées en France prennent de plus en plus d'ampleur. Et les débordements aussi. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a pris la parole mercredi 30 septembre après une nouvelle journée émaillée d'incidents. Plus de dix jours après le début des premières mobilisations lycéennes, le ministère constate une « extension du mouvement » et une « montée de la violence » devant certains établissements.
Dans la soirée, l'Union syndicale lycéenne (USL) a appelé à un « acte 2 », ce jeudi 1er octobre, et à une journée d'action mardi 6 octobre. Les trois principales organisations étudiantes, La Fage, l'Union étudiante et l'Unef soutiennent le mouvement. Aussi, certains étudiants se mobilisent de leur côté, revendiquant des demandes semblables à celles des lycéens. Devant l'université Paris 8, ce jeudi, Paul, étudiant en quatrième année, assure sa solidarité aux lycéens français, au micro de Baptiste Coulon.
On a des bâtiments qui ne sont pas isolés où il fait trop froid, où il fait trop chaud... Donc on a vraiment une situation similaire.
Le jeune homme dresse un parallèle entre les problèmes d'insalubrité rencontrés dans des « lycées délabrés » et dans certaines universités. Il met en avant « des fuites dans la bibliothèque universitaire », amenée à parfois à fermer en l'absence de chauffage ou de climatisation. « On a des bâtiments qui ne sont pas isolés où il fait trop froid, où il fait trop chaud... donc on a vraiment une situation similaire [aux lycéens, NDLR] et c'est pour ça qu'on peut les rejoindre », assure-t-il.
Le ministre de l'Intérieur dénonce des « violences urbaines ».
Mercredi 30 septembre, la mobilisation a concerné 356 établissements - contre 338 mardi - selon le ministre de l'Intérieur, qui a indiqué que 83 policiers et gendarmes ont été blessés. Laurent Nuñez a fustigé une « prise à partie des fonctionnaires, des jets de projectiles, violences, déclarations, tentatives de mise à feu ». Des faits qui s'apparentent, selon lui, à des « violences urbaines ».
Ce jeudi 1er octobre, les débordements continuent dans certains établissements. Dans le centre de Nantes, le hall du lycée Nelson Mandela a notamment été détruit par un « incendie volontaire », maitrisé avant de causer plus de dégâts, a déclaré à l'AFP la proviseure adjointe.
Le ministre de l'Éducation nationale, lui, a déploré le bilan des blessés depuis le début des troubles. Selon Édouard Geffray, 119 élèves et personnels ont été blessés. « C'est 34 personnels qui ont été blessés au total depuis le début des troubles. C'est inédit dans l'Éducation nationale », a-t-il déclaré face à la presse. « On ne peut évidemment en aucun cas admettre que des agents publics qui dédient leur vie à leurs élèves puissent faire l'objet d'attaques. (...) Il faut impérativement que nos élèves puissent retrouver le chemin des cours, notamment tous ceux qui en sont empêchés », a-t-il ajouté.
L'IGPN saisie, un jeune homme gravement blessé à la tête à Tours.
En outre, l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), la « police des polices », a été saisie de trois enquêtes après que des lycéens ont été blessés lors de blocages d'établissements, a poursuivi Laurent Nuñez, qui a malgré tout souligné que les forces de l'ordre, face à « des mineurs », sont intervenues en ayant « un usage très proportionnel » des « armes intermédiaires », notamment du gaz lacrymogène.
L'IGPN a été saisie de faits commis à Sevran (Seine-Saint-Denis), Saint-Ouen-L'Aumône (Val-d'Oise) et Tours (Indre-et-Loire). Dans cette dernière ville, un jeune homme a été gravement blessé à la tête après un possible tir de lanceur de balles de défense (LBD). La victime a été hospitalisée aux urgences du CHU de Tours avec « des blessures au niveau de la tête », a indiqué sur X la procureure de la République, Catherine Sorita-Minard. L'origine de la blessure reste « non déterminée » pour l'heure, alors qu'une vidéo d'un jeune homme assis, la tête ensanglantée, a circulé sur les réseaux sociaux dans la journée.
La préfecture a indiqué à l'Agence France-Presse que des vérifications étaient menées par la police nationale afin d'établir « si cette blessure résulte d'un tir de LBD ». Le jeune homme blessé a été pris en charge alors que les forces de l'ordre, intervenues avec les pompiers pour mettre fin à plusieurs incendies, étaient prises à partie, notamment par des jets de projectiles.
Une « plateforme de concertation » bientôt mise en place.
Face à cette crise qui s'étend, le gouvernement a annoncé l'ouverture prochaine d'une « plateforme de concertation » pour que les lycéens puissent partager leurs « inquiétudes » et leurs « revendications ». Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, veut voir cette plateforme émergée d'ici lundi 5 octobre, ou mardi 6 octobre au matin au plus tard. Il organisera ensuite, à une date non déterminée, « un événement de restitution nationale pour pouvoir apporter des réponses structurées », et promet d'être « transparent sur les demandes » et « sur les réponses ».
Dans le même esprit, les recteurs vont réunir dans 48 heures les conseils académiques de la vie lycéenne, et les proviseurs devraient convoquer « une réunion extraordinaire » des conseils d'administration et organiser des réunions des conseils de la vie lycéenne si besoin. Depuis Madrid, en Espagne, où il est en déplacement, le président de la République, Emmanuel Macron, a également réagi à la crise lycéenne : « J'entends et je comprends les angoisses parfois, les colères que notre jeunesse peut avoir (...) Par contre, aucun de ces débats, aucune de ces craintes ne légitime la violence. Et en aucun cas des responsables politiques (...) ne sauraient légitimer une violence au carré. »
La mobilisation devrait se poursuivre après l'appel à la poursuite des mobilisations par l'Union syndicale lycéenne. Outre les associations étudiantes, certaines personnalités politiques ont également apporté leur soutien au mouvement. Présent mardi 29 septembre devant le lycée Paul-Eluard, à Saint-Denis, le maire LFI de la ville, Bally Bagayoko, avait déclaré que « la violence, à un moment donné, [pouvait] être légitime ». Le lendemain, dans la soirée, Patrice Faure, le préfet de police de Paris, a annoncé avoir saisi la justice contre l'édile pour « des faits présumés de provocation à commettre un délit ».
Interrogé jeudi 1er octobre sur France Info, le maire de Saint-Denis a réaffirmé ses propos, tout en demandant aux jeunes mobilisés de ne pas prendre « de risques inconsidérés » et aux « autorités publiques d'appeler à l'apaisement ». « Je ne veux pas qu'il y ait des lycéens qui soient blessés », a-t-il insisté.



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