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Le rétablissement de l'ordre républicain est un préalable indispensable avant de reprendre avec l'ensemble des acteurs un dialogue social rompu depuis trop longtemps.
La démocratie sociale ne s'exerce pas dans le feu et la destruction. Rien ne peut justifier ni excuser les débordements scandaleux - bâtiments publics attaqués, voire incendiés comme la mairie de Limoges, magasins pillés, affrontements avec les forces de l'ordre - qui ont émaillé les manifestations à travers la France, samedi 17 octobre. Ils doivent être, c'est une évidence, sanctionnés par la justice. Mais aussi fermement condamnés par tous les responsables syndicaux et politiques, notamment ceux qui étaient dans la rue ce jour-là. Car ces actions quasi insurrectionnelles ont pour conséquence de disqualifier le mouvement social en cours, et de renforcer le discours des forces politiques, extrême droite en tête, qui, à six mois de l'élection présidentielle, veulent incarner le « parti de l'ordre ».
Toutefois, les défilés de samedi ne doivent pas se résumer à ces pillages et à ces destructions. Emmanuel Macron l'a d'ailleurs souligné dimanche soir : « Jamais nous ne devons confondre [les manifestants] avec ceux qui cassent et qui pillent. » L'immense majorité des cortèges - 800 000 personnes selon les organisateurs, 550 000 selon le ministère de l'intérieur - étaient pacifiques et portaient des revendications légitimes. Cette colère, qui mêle des revendications de natures différentes, allant des conditions d'études au coût de la vie et à l'inflation, devrait être entendue par le pouvoir politique, à la condition qu'elle s'exprime sans violence.
Or, depuis dix ans, M. Macron a fait preuve d'une surdité continue vis-à-vis des mouvements sociaux qui ont scandé ses deux quinquennats. Refusant tout compromis, les différents exécutifs macronistes ont systématiquement contourné les syndicats depuis 2017, contribuant à leur affaiblissement. En s'y prenant de cette manière, le pouvoir exécutif s'est privé des intermédiaires indispensables pour canaliser les colères. Dans le même temps, le chef de l'Etat s'est coupé de la jeunesse, multipliant les réformes impopulaires dans cette partie de la population, sans écouter le mécontentement grandissant.
Pour Emmanuel Macron, le constat d'échec est majeur. A presque dix années de distance, le mouvement du 17 octobre évoque celui des « gilets jaunes », surgi en décembre 2018, déjà autour de la question du pouvoir d'achat et de la vie chère. Après le grand débat national, les 225 000 contributions citoyennes réunies dans les cahiers de doléances n'ont jamais trouvé de traduction politique. Quelques années plus tard, en 2023, les manifestations massives contre la réforme des retraites n'ont pas, non plus, trouvé de réponse politique, le gouvernement d'Elisabeth Borne faisant adopter sa réforme sans vote du Parlement. Cette incapacité à prendre en considération les griefs des opposants a contribué à nourrir la défiance vis-à-vis du chef de l'Etat.
A cela s'ajoute le contexte politique et économique particulier du moment. Depuis la dissolution de l'Assemblée nationale en juin 2024, le gouvernement est sous la menace permanente d'une censure des oppositions. Il doit, en outre, désormais faire face à une très grave crise économique privant de marges de manœuvre d'investissements.
Malgré ces difficultés, le président de la République et son premier ministre, Sébastien Lecornu, ne doivent pas répéter les mêmes erreurs que par le passé. Le rétablissement de l'ordre républicain est un préalable indispensable pour entamer les discussions promises dimanche avec l'ensemble des acteurs, et ainsi reprendre le fil d'un dialogue social rompu depuis trop longtemps. Mais il y a, cette fois, une obligation de résultat. Ecouter et respecter ses interlocuteurs d'abord, mais surtout apporter une réponse politique concrète à leurs différentes revendications. L'exécutif ne peut plus se permettre d'émettre une nouvelle fin de non-recevoir. La paix sociale ne pourra se reconstituer qu'à cette condition.



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