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Accusé d'avoir pénétré une femme dans son sommeil en 2021, l'auteur de la chanson « La Kiffance » a été jugé coupable par la cour criminelle départementale de Paris et placé sous mandat de dépôt. Le rappeur a annoncé faire appel.
Le rappeur Naps dormira en prison jeudi 19 février. L'artiste marseillais a été condamné à sept ans de réclusion pour viol par la cour criminelle de Paris. Cette peine a été assortie d'un mandat de dépôt en raison d'un « risque de fuite à l'étranger » souligné par les juges. Resté sans réaction manifeste au prononcé de la décision, il a longuement étreint son épouse avant d'être conduit hors du tribunal par la police. Ses avocats ont demandé qu'il soit incarcéré au quartier des personnes vulnérables de la prison de la Santé, à Paris.
Célèbre pour le tube La Kiffance, le rappeur, de son vrai nom Nabil Boukhobza, 40 ans, était accusé par une femme, Fanny (les prénoms ont été modifiés), de l'avoir violée à Paris au petit matin du 1er octobre 2021. Cette nuit-là, ils s'étaient rencontrés dans une boîte de nuit de la capitale et avaient décidé de poursuivre la soirée dans la chambre d'hôtel de l'artiste, où Fanny s'était rendue avec deux amies, Céline et Léa.
Dans une ambiance confuse du fait de la fatigue, de l'alcool et de l'inhalation de protoxyde d'azote, et sous les yeux de ses amies plus ou moins endormies selon les moments, Fanny s'était vu imposer une pénétration pendant son sommeil par le rappeur. Lui assurait qu'elle était éveillée et consentante. A l'énoncé du verdict, Fanny, 24 ans, a fondu en larmes dans les bras de son avocat, Jean-Baptiste Boué-Diacquenod.
Absence d'« empathie » et de « regrets ».
Dans ses motivations, la cour, présidée par Danièle Dionisi, a mis en avant la « constance » et la « spontanéité » des déclarations de la partie civile, « sincères, mesurées et corroborées » par les éléments du dossier. Les examens médicaux témoignent de lésions et de douleurs compatibles avec une pénétration vaginale forcée. L'expertise génétique révèle la présence d'ADN sur le string que portait la victime. Les investigations téléphoniques montrent qu'elle a relaté par message à Léa, le soir même, le viol subi. A l'inverse, Mme Dionisi a souligné l'absence d'« empathie » envers la victime et de « regrets » chez Naps, qui ne pouvait ignorer l'« absence de consentement » de la jeune femme.
Lors d'un réquisitoire clinique, qui a pavé le chemin vers cette condamnation, l'avocate générale, Sarah Cadeillan, avait demandé cette même peine, étant « intimement convaincue de la culpabilité de l'accusé ». « Depuis trois jours, on essaie de vous faire croire que ce dossier, c'est parole contre parole, a-t-elle relevé à l'intention de la cour. Mais ce n'est pas du parole contre parole. Tous les éléments du dossier vont dans le sens de [Fanny]. »
Un point a animé le procès : le témoignage de Léa, l'une des deux amies de Fanny présentes cette nuit-là. Devant la cour, Léa a reconnu avoir menti pendant l'instruction - elle avait assuré s'être « offerte » à Naps pour le détourner de Fanny. Pour l'avocate générale, ce revirement, paradoxalement, conforte les déclarations de la partie civile : « Si Léa ment, c'est parce qu'elle ne veut pas qu'on puisse dire qu'elle n'a rien fait pour son amie Fanny. Elle sait qu'elle a mal agi. Elle a laissé son amie se faire pénétrer dans son sommeil. »
Une affaire aux circonstances similaires.
Dans leurs plaidoiries, les avocats de la défense ont tenté de s'engouffrer dans cette faille pour réclamer l'acquittement du rappeur, assimilant les changements de position ou contradictions de Léa et de Céline. « Les deux témoins mentent », a asséné Marceau Perdereau. L'avocat s'est concentré sur un point : « Ces deux amies très proches n'ont pas entrepris la moindre action pour interrompre le viol. Pourquoi ? Parce qu'elles n'ont probablement pas vu un viol. »
Après lui, Orane Quénot a tenté de démonter une accusation qu'elle considère comme un « amas d'incohérences ». Pour l'avocate, c'est Céline qui a poussé Fanny vers le dépôt d'une plainte, qui lui a planté « ce germe, cette idée » dans les heures suivant les faits. En lui expliquant la marche à suivre, en lui conseillant de ne pas se laver avant d'aller voir la police, elle lui aurait fourni « le petit guide pratique de l'agression ». Enfin, Nabil Boudi a tenté de semer la confusion dans l'esprit des cinq juges de la cour : « Etes-vous certain qu'il avait conscience de commettre un acte répréhensible ? », a-t-il questionné, tentant de porter le débat - comme c'est souvent le cas dans les procès pour viol - sur l'intentionnalité de l'auteur.
Fait notable, les conseils de l'artiste ont évité de soutenir de façon détaillée la version de leur client, selon laquelle l'acte sexuel était dénué de contrainte. Ils ne se sont pas étendus non plus sur la personnalité de Naps. On les comprend : en août 2024, alors qu'il venait d'être renvoyé en procès pour le dossier jugé cette semaine à Paris, le rappeur avait été mis en examen pour deux viols et trois agressions sexuelles par une juge d'instruction de Toulon dans une affaire aux circonstances similaires. Dans cette dernière, toujours en cours d'instruction, il est mis en cause par trois femmes qui l'avaient suivi dans un hôtel du Var au terme d'une soirée marquée par de la consommation d'alcool et de stupéfiants. Deux d'entre elles affirment avoir subi des pénétrations forcées pendant leur sommeil.
« Le viol, ça contamine tout. »
Dans l'enceinte de la cour criminelle de Paris, jeudi, l'avocate générale, Sarah Cadeillan, a estimé que Nabil Boukhobza vit dans « l'idée que, par principe, une jeune femme ne peut que consentir à un rapport sexuel avec lui. Une jeune femme ne peut pas, ne doit pas, lui résister ». La représentante du ministère public a terminé son réquisitoire en décrivant les conséquences post-traumatiques pour Fanny, qui « a été privée d'une partie de ses plus belles années » et a perdu avec cette histoire « la capacité de se concentrer, de rire, d'aimer ». « Le viol, ça contamine tout. »
Un peu plus tôt, l'avocat de Fanny, Jean-Baptiste Boué-Diacquenod, avait salué le « courage » et la « détermination » de sa cliente, impressionnante d'immobilité pendant les débats, le regard fixé droit devant elle - seuls les pleurs qui coulent parfois de ses yeux animent son visage. « Elle est venue ici seule. Elle a encaissé beaucoup pendant trois jours. Elle n'a pas failli quand elle a été interrogée sous le feu de trois avocats. » D'après Me Boué-Diacquenod, Fanny se posait une question : « Pourquoi elle, et pourquoi dans son sommeil ? »
Avant que la cour se retire pour délibérer et décider de le condamner, Naps a demandé une suspension d'audience pour préparer d'ultimes mots à adresser aux juges : « Je n'ai jamais eu l'intention de violer qui que ce soit. Je fais confiance à la justice, je vous laisse faire votre travail. Vous avez mon avenir entre vos mains. » Les conseils de l'artiste ont annoncé que ce dernier allait faire appel de la décision.



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