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On les associe rarement au cancer, et pourtant certaines infections peuvent jouer un rôle déterminant dans son apparition. Une vaste étude internationale estime que cinq agents infectieux concentreraient à eux seuls la majorité des cancers liés aux infections dans le monde.
Le cancer n'est pas lié à une cause unique. Il résulte d'un ensemble de facteurs pouvant interagir entre eux. Ces facteurs de risque peuvent être internes (âge, hérédité) ou externes. Il s'agit alors de regarder du côté du mode de vie : le tabagisme et la consommation d'alcool sont les deux facteurs de risque de cancer les plus importants, comme le rappelle l'Assurance maladie. D'autres facteurs liés au mode de vie peuvent également favoriser leur apparition, à l'instar d'une mauvaise alimentation, d'un surpoids ou d'une obésité, d'une stéatohépatite non alcoolique, d'une exposition au soleil... Sont également cités certains facteurs liés à l'environnement. En cause, « des agressions répétées de l'ADN des cellules par des rayonnements (d'origine nucléaire ou solaire) ou par des produits industriels qui favorisent l'apparition de cellules cancéreuses », indique l'Assurance maladie, qui donne l'exemple des pesticides, de l'amiante (facteur de risque connu du cancer de la plèvre) ou du radon (en cause dans la survenue du cancer du poumon). Mais beaucoup de personnes ignorent, en revanche, que l'origine de certains cancers peut provenir de virus ou de bactéries.
Un rôle loin d'être anecdotique, comme le montre une nouvelle étude publiée dans The Lancet Oncology et dévoilée par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC, agence de l'Organisation mondiale de la santé). À partir de données mondiales, des épidémiologistes ont estimé qu'en 2024, les infections étaient associées à environ 12 % (soit 1 cas sur 8) de l'ensemble des nouveaux cas de cancer diagnostiqués dans le monde, soit près de 2,3 millions de cas. La charge la plus élevée a été observée en Asie de l'Est, en Afrique subsaharienne, en Europe centrale et orientale ainsi qu'en Asie du Sud-Est. « Ces résultats soulignent le rôle majeur que la lutte contre les infections peut jouer dans la réduction de la charge mondiale du cancer », déclare le Dr Harriet Rumgay, chercheuse au sein du Service de surveillance du cancer du CIRC et co-auteure de l'article. « Malgré les progrès réalisés en matière de vaccination et de dépistage, les cancers liés aux infections demeurent un défi majeur à l'échelle mondiale, et ce fardeau pèse de manière disproportionnée sur les populations des pays à revenu faible et intermédiaire. »
Cinq agents infectieux à l'origine de la majorité des cas.
L'étude révèle plus précisément que la plupart des cancers causés par une infection l'étaient par seulement cinq agents pathogènes : Helicobacter pylori, le papillomavirus humain (HPV), l'hépatite B, le virus d'Epstein-Barr et l'hépatite C. La charge cancérigène la plus importante était liée à H. pylori, responsable d'environ 760 000 cas de cancer en 2024, suivi de près par le HPV, avec 750 000 cas. L'hépatite B a été responsable d'environ 360 000 cas, le virus d'Epstein-Barr (VEB) d'environ 260 000 cas et l'hépatite C d'environ 160 000 cas. Sont également cités l'herpèsvirus HHV8 associé au sarcome de Kaposi (KSHV), Schistosoma haematobium (ver parasite), le virus T-lymphotrope humain, Opisthorchis viverrini (ver parasite), Clonorchis sinensis (ver parasite), le polyomavirus des cellules de Merkel (virus responsable du carcinome des cellules de Merkel) et le VIH. Au total, les chercheurs ont pris en compte 16 liens supplémentaires entre infection et cancer qui n'avaient pas été inclus dans les estimations mondiales antérieures, notamment des types de cancer associés au VIH et au virus d'Epstein-Barr (EBV).
En guise de conclusion, le Dr Gary Clifford, co-auteur principal de l'étude, indique que « cette analyse actualisée montre que le paysage des cancers liés aux infections continue d'évoluer au gré des avancées scientifiques. Elle met également en lumière les domaines où les futurs investissements dans de nouveaux outils de prévention pourraient avoir le plus grand impact, notamment pour les infections comme l'EBV, pour lesquelles il n'existe pas encore de vaccins efficaces. » Mais comment une infection peut-elle provoquer un cancer ? Selon les précisions de deux chercheurs seniors spécialisés dans les cellules sanguines et les cancers hématologiques au WEHI*, Sarah Diepstraten et John La Marca, dans un article publié par The Conversation, les cinq agents pathogènes les plus en cause peuvent provoquer plus de 20 types de cancers, notamment ceux de l'estomac, du foie, du sang et du col de l'utérus. Le principal coupable, Helicobacter pylori, est une bactérie qui infecte la paroi interne de l'estomac. Chez la plupart des personnes, l'infection est asymptomatique, mais certaines souches peuvent provoquer des ulcères gastriques et, à terme, des cancers de l'estomac.
Comment virus, bactéries et parasites peuvent-ils favoriser un cancer ?
Le papillomavirus humain (HPV) est une famille de virus très répandus qui infectent la peau et les muqueuses. Selon l'Institut Pasteur, une vingtaine de papillomavirus humains (HPV) dits « à haut risque » peuvent provoquer un cancer génital. Ces virus, transmis sexuellement, peuvent causer des lésions bénignes comme les verrues génitales, ou des lésions malignes susceptibles d'évoluer en cancer du col de l'utérus sur une période de 15 à 20 ans. L'hépatite B est une maladie du foie causée par un virus qui se transmet essentiellement par des relations sexuelles ou par contact avec du sang infecté. Cette infection est bénigne dans la plupart des cas. Mais chez environ 10 % des personnes infectées, l'hépatite B devient une infection chronique qui peut provoquer des troubles graves, comme la cirrhose ou le cancer du foie. L'hépatite C, quant à elle, est une infection du foie causée par un virus qui se transmet par le sang. Si cette dernière guérit spontanément chez 20 % des personnes infectées, elle devient chronique dans 80 % des cas. Lorsque cette maladie n'est pas diagnostiquée et traitée à temps, elle peut provoquer une cirrhose, voire un cancer du foie.
Enfin, le virus d'Epstein-Barr est un membre de la famille des virus de l'herpès qui infecte les lymphocytes du système immunitaire et certaines cellules de la muqueuse de la bouche et du pharynx. Il s'avère que 95 % de la population mondiale adulte est infectée par ce virus selon l'Inserm. S'il est inoffensif dans la plupart des cas, il peut, chez certaines personnes, déclencher un cancer. Quid du VIH ? « Il est également classé comme cancérogène, car l'immunodéficience qu'il induit augmente le risque de cancer », indique l'Institut Pasteur. L'organisme précise d'ailleurs que « huit virus, une bactérie et trois parasites ont été classés comme cancérogènes avérés pour l'homme par le Centre international de recherche sur le cancer. » Selon l'article paru dans The Conversation, un virus peut favoriser l'apparition d'un cancer de trois manières : la première consiste à inhiber la capacité d'une cellule à s'autodétruire ou à cesser de se diviser, la seconde à insérer son propre ADN dans l'ADN de la cellule hôte, et la troisième à être lui-même porteur d'un gène cancérigène (un oncogène).
Qu'en est-il des bactéries et des parasites ? Selon The Conversation, « les infections bactériennes ou parasitaires, comme Helicobacter pylori ou Opisthorchis viverrini, peuvent également entraîner un cancer. Cependant, leur action est plus indirecte que celle des virus. Une infection chronique par ce type d'organismes peut engendrer un stress important au niveau de différents tissus. L'inflammation peut alors devenir excessive, endommageant davantage les tissus. Ces facteurs de stress peuvent entraîner des lésions de l'ADN susceptibles de provoquer un cancer dans les cellules ou conduire à des erreurs lors de la division cellulaire. » Mais la bonne nouvelle, selon l'étude, est que la plupart des cancers liés à une infection peuvent être prévenus grâce à des mesures de santé publique bien établies. Comment ? Via notamment la vaccination (papillomavirus, hépatite B), l'utilisation du préservatif (VIH) et le dépistage (H. pylori, papillomavirus, hépatites virales, VIH...). Les auteurs plaident également en faveur d'investissements dans de nouveaux outils de prévention, en particulier un vaccin contre le virus d'Epstein-Barr.



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